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SOUVENANCES

6 sept.
13 min de lecture


Eh oui, parfois, ça me démange le bout des phalanges, je sens que ça remue quelque part. Pour je ne sais quelle raison, j’avais pensé aux duvets qui restent dans le nid des moineaux, quand ils ont pris leur envol, et que ne subsiste alors que le souvenir d’une courte vie de juvénile dans la sécurité d’une nichée, protégée des prédateurs. Tu vois, il suffit qu’un coup de vent un peu plus fort qu’un autre se glisse entre deux tilleuls, et les plumages légers s’envolent pour de bon, pour de vrai, sans que personne ne sache, ou ne se souvienne, qu’à tel ou tel endroit, un oisillon a ouvert un œil, à quelques mètres au-dessus du goudron d’un trottoir.


La encore, j’avais eu souvenance de ces fines plumes que j’avais touchées, frottées délicatement pour en sentir la douceur. J’avais trouvé le nid, devant la petite porte qui donnait accès à la cave à charbon du 32, Rue Sarrette, un matin de septembre, alors qu’un grand coup de vent avait secoué les arbres de la rue, entre l’heure du café et celle de l’apéro, alors, soudainement, plein de trucs avaient refait surface.


« Tu finiras clochard » disait ma mère… Alors, j’avais le cœur brisé, à cause de cet homme sans forme, sans consistance, qui avait, nécessairement, dû faire des tas de choses mauvaises pour en arriver là, et qui se traînait devant le « Gaumont Alésia » où l’on passait le film « Mon Oncle ». À sept ans, on ne comprend pas tout, à dix, non plus. La menace d’une vie de rue me liquéfiait, et pourtant, ces menaces de clochardisation ne faisaient rien pour m’orienter sur un chemin de vertu, une amélioration de comportement. Si j’avais été maître en vocabulaire, j’aurais dit à mes parents qu’ils me faisaient chier. Je leur aurais dit aussi que j’emmerdais les gens bien, à force de les entendre les glorifier.


Un seul clochard ? Non, dix, vingt, mon royaume du XIVe était, en fait, jonché d’hommes défaits, détruits, posés là pour cause de Gévéor 11°, de Marie-Brizard à l’eau bien glacée, ou de Pernod. Il suffisait d’ouvrir les yeux, de tourner sa tête, de se sortir d’un cocon si confortable qu’on ne pouvait penser qu’il existait un vrai monde en dehors de « mon » monde. Passer devant un clochard… on détournait les yeux, mais juste assez seulement pour que la menace à mon encontre soit claire : le risque était bien là. Il fallait regarder l’homme, mais pas trop, de peur que les regards se croisent, et que tu sois lié à son malheureux destin. Alors, je regardais plutôt sa barbe, non taillée depuis des lustres… Et puis, la menace passée, une fois le clochard laissé derrière, on continuait le chemin, à pied, en route vers le Crédit Lyonnais et ses comptoirs tarabiscotés en métal forgé décoratif, ses monceaux de formulaires, ses caissiers empruntés qui te parlaient du bout des lèvres, et te regardaient avec mépris, du haut des yeux.


Souvent, on traversait l’avenue pour prendre le chemin du retour, et on passait devant un torréfacteur de café qui affichait sur sa devanture le curieux nom de « MEO »(1). À quelques mètres s’ouvrait la rue Daguerre, qui partait rejoindre l’avenue du Maine, cette avenue qui descendait vers Montparnasse. C’était une rue pleine de magasins avec un fromager et de malheureux animaux ensanglantés suspendus par les pattes arrière, qui se nommaient marcassins, sangliers, et parfois, chevreuil, s’il y avait encore de la place sur les crochets. Si j’avais su, alors, comment pleurer devant la mort des animaux, le trottoir de la rue Daguerre, et celui de l’avenue du Général-Leclerc, là où se trouvait le marchand de gibiers et de volailles, auraient mis des jours entiers à sécher.


Dans la catégorie des humains plus honorables, il y avait aussi le marchand de billets de la Loterie Nationale, Tranche Spéciale des « Gueules Cassées ». La Loterie Nationale ? Une fumisterie où le hasard du jeu croisait la mémoire des champs de bataille de la Somme, de Verdun. Les poilus héroïques étaient devenus, pour beaucoup, des gueules cassées, à qui l’État avait fait « cadeau », dans le meilleur des cas, d’un « tricycle POIRIER » après que ces hommes eurent perdu une ou deux jambes en boutant l’Allemand hors de France. Avec l’aide de l’Union des Blessés de la Face et de la Tête, certains invalides, horriblement mutilés, avaient obtenu de l’État des privilèges de commercialisation sur la Loterie Nationale.


Depuis le début des années cinquante, un vendeur de billets de la Loterie Nationale régnait sur son monde de papiers, attachés à une planche par des élastiques plats, pour les protéger d’un arrachage par le vent vicieux d’octobre. L’homme qui vendait les billets bariolés avait stratégiquement positionné sa cahute, une sorte de tente intermédiaire entre un abri de scout et la guérite d’un militaire protégeant l’entrée d’un site sensible. Il prenait racine à la sortie du Métro « Alésia », presque devant « Noblet », la charcuterie des bourgeois. Il partageait son périmètre avec le vendeur de marrons chauds, qui, lui, entamait sa saison fin octobre et repartait, on ne savait où, dès les premiers soleils de fin d’hiver. Du lundi matin au samedi soir, quand il had vendu assez de rêve à ceux qui se voyaient déjà millionnaires, il fermait boutique, et s’engouffrait dans les escaliers métropolitains pleins de courants d’air, pour retourner à ses maudits souvenirs des tranchées.

Je faisais semblant de ne pas voir son visage, je n’osais même imaginer son parcours. Je n’avais jamais vu un soldat allemand, un « boche », comme disait mon père. La « grande guerre » ? Tout ce que je savais de cette triste épopée, c’était que l’oncle Éric, fils d’un pasteur, était mort d’avoir respiré du gaz moutarde. Depuis le jour de cette découverte, je me méfiais du condiment « MAILLE », dans son petit pot de verre, cette moutarde alimentaire qu’on servait avec le rôti dominical.

Quand je n’étais pas menacé d’un avenir sordide, incluant des nuits passées sur les bancs du Petit-Montrouge, ma mère et mon père dissertaient sur ce qui avait pu amener ces réprouvés du bitume à s’exposer ainsi, allongés ou même simplement assis sur le goudron du trottoir. Pour mon père, ils étaient hommes sans volonté, sans intérêt, même ceux qui avaient été soldats et avaient survécu au Chemin des Dames. « La guerre n’excuse pas tout » avait-il dit, d’un ton sans appel. Mon père était anarchiste, à condition, bien sûr, que l’ordre règne pour qu’il puisse éventuellement en briser les interdits, déroger aux bonnes manières, violer les codes de la vie en société, et insulter qui lui semblait mériter l’invective et le quolibet, dans cette langue qui, de base, n’était pas la sienne. Oui, il appartenait au peuple des immigrés polonais, avec en plus les particularités et l’héritage de sa judéité.


Ma mère était pleine de contradictions, et tu sentais qu’à travers les menaces qu’elle m’adressait sur mon futur douteux, elle ressentait, quand même, une certaine forme de pitié pour l’homme qui serrait contre lui son litre étoilé, qu’il ne fallait surtout pas casser, même vide, parce qu’il était consigné. Avec les quelques centimes ou les anciens francs en métal vulgaire, dons des bourgeois d’Alésia, l’homme déchu pourrait aller à « La Havane » (2) et récupérer, à la tireuse, un litre de pinard de table, la plus infâme des piquettes, dont le goût s’estompait après la première gorgée.

Ma mère avait été élevée, au tout début, chez les sœurs à Ismaïlia. Étaient-ce les sœurs Franciscaines ? Celles de Saint-Vincent-de-Paul ? Elle avait, en tout cas, gardé une certaine forme de bonté, même si personne ne l’avait jamais entendue dire « je t’aime » à l’un de ses enfants. Bien évidemment, je ne voulais pas ressembler à cet homme qui buvait et couchait là où la vie et la fin du jour l’amenaient, dans un quotidien fait d’incertitudes et d’illusions vites passées.

En révisant les tables de multiplication avec lesquelles j’étais fâché, et les morales que Madame Perron écrivait au tableau noir de l’École de la République, je faisais chaque jour une tentative pour m’amender un peu, briller éventuellement devant mes parents avec un ou deux bons points durement acquis, même si, parfois, volés. Dans l’esprit de mes parents, les clochards étaient associés uniquement aux soldats de la « Grande Guerre »… comme si la deuxième guerre n’avait pas créé son lot de malheureux, d’existences fauchées, de familles détruites, d’enfants orphelins, ou bien comme si l’alcool, dans un pays de pinard, et sa consommation à tout va et à toute heure, n’était pas en soi déjà un problème.


« La deuxième guerre, ce n’était pas le même genre de combat » avait dit mon père… « et puis en plus, les Français se sont rendus aux boches, je vois pas comment ou pourquoi il y aurait des clochards de la deuxième guerre… ça ne tient pas debout ton histoire ». Alors, ma mère se rangeait à l’opinion paternelle, et pensait que l’essentiel était que je me mette à bosser, que je commence à aimer l’école, que je prenne le bon chemin, ce qui était loin de faire partie de mes principales préoccupations.


Les sentiments du clochard ? On s’en foutait. Un homme qui buvait ne pouvait pas avoir de place pour des sentiments, il n’avait de place que pour des hallucinations sorties d’un delirium, c’était certain, non ? Sa vie ? Je ne m’étais jamais interrogé sur son enfance, sa solitude, son parcours erratique, sa chute. Je ne m’étais jamais posé de question sur n’importe lequel de ces hommes perdus que la parole populaire et l’argot avaient affublés du nom de « cloche ». En fait, la vérité vraie est que je ne pratiquais pas le questionnement. Le questionnement, c’était dangereux, tu vois, parce que ça pouvait vouloir dire qu’il y avait un début de remise en cause qui te guettait du coin de l’œil. Le questionnement, ça pouvait me faire trembler les certitudes, nom de Dieu. J’aurais peut-être dû, mais tu sais, j’étais si petit…


Les certitudes, tu comprends, j’en avais à la pelle, j’en avais des caisses. Il y aurait un demain, il y aurait une prochaine grand-messe à Saint-Pierre-de-Montrouge, il y aurait encore des locomotives à vapeur quand je serais grand, il y aurait toujours René Coty, et le traiteur « Vivier », avenue de Châtillon, vendrait pour l’éternité du parfait glacé au café, fait maison, avec un vrai-faux grain de café sur le dessus.


Le clochard d’Alésia ? Personne ne savait où habitait cet homme, personne ne s’était même imaginé qu’il pût, en réalité, ne pas même avoir de maison. Ma mère avait évoqué la possibilité qu’il vive, en fait, sur « la péniche » de l’Armée du Salut (3). Alors, on s’était simplement convaincu que c’était vrai, et le « problème » était réglé, de moitié. Il n’y aurait pas de miracle organisé par le bon William Booth (4), le clochard resterait clochard, mais au moins, pensions-nous, il était logé. Alors, du coup, quand la fanfare de l’Armée du Salut collectait des dons devant le Bon Marché, rue de Sèvres, à l’approche de Noël, je forçais ma mère à participer à la collecte : « Donne, donne, c’est pour le clochard, à Alésia »…


L’avenir du clochard du cinéma Gaumont-Alésia se limitait à son lendemain quand, dans un geste de solidarité typique de ceux qui ont connu la débine, un des poivrots qui faisaient le siège du « Bouquet d’Alésia » lui apporterait un croissant dérobé sur le comptoir, et un œuf dur, subrepticement délocalisé et inséré dans une poche de pantalon.

Les trottoirs de l’avenue d’Orléans, qui s’appelait en vrai avenue du Général-Leclerc, n’étaient pas le terrain de chasse réservé du clochard d’Alésia. L’accordéoniste arrivait souvent en fin de matinée. Il avait déjà étudié le marché et savait que débarquer à 8 h 00 du matin avec son « CAVAGNOLO » rouge pailleté d’or n’aurait pas servi à grand-chose. Les habitants du Petit-Montrouge, qui partaient bosser tôt, n’allaient pas céder aux charmes du musette, « L’Aubade d’Oiseau » de Verschuren, « Indifférence » de Tony Murena, alors qu’ils venaient juste d’avaler un café ou bien une chicorée. Ils auraient à peine levé les yeux en entendant le « Petit Vin Blanc » composé par Aimable Pluchard, et qui évoquait l’insouciance et les berges de la Marne, près de Paris, où les ouvriers des années cinquante aimaient aller rêver à une vie moins dure. La musique, ce n’est pas fait pour tôt le matin, tu vois ?


L’accordéoniste avait une canne blanche, ce qui pouvait indiquer une cécité partielle ou totale. Son âge était compatible avec un passé militaire entre 1914 et 1918. Cécité ? Les gaz ? Cette saloperie d’Ypérite ? L’homme se déplaçait avec agilité. Accrochée à son accordéon, une petite sébile en fer blanc indiquait que l’homme souhaitait une participation financière de la foule, que ce soit celle qui attendait, à l’entrée du cinéma Gaumont, la fin de la séance précédente, ou les ménagères du quartier qui faisaient leurs courses au « grand marché » et attendaient, sagement alignées devant les étals, que les commerçants s’occupent d’elles, que le boucher barde le rôti, que le poissonnier lève les filets de cabillaud ou d’églefin. Pendant qu’il jouait ses ritournelles, la canne blanche restait sagement sur le banc à côté du métro.


Souvent, quand je revenais, main dans la main, des courses de semaine au marché d’Alésia, l’homme était là, égrenant les notes de la « Complainte de la Butte », une rengaine qui me mettait le cœur à l’envers sans même que je puisse comprendre pourquoi, ou même que je sache exactement où donc était cette butte.


Du côté opposé au « grand marché », pas loin du cinéma « Le Mistral », le marchand de bonbons au suc des Vosges prenait place une ou deux semaines après la rentrée des classes, le temps qu’il fallait pour que commencent les petits bobos qui te prenaient la gorge et te faisaient couler le nez. L’homme était l’heureux maître d’un petit âne gris bien docile, qui fixait la ligne d’horizon sans que l’on puisse accéder à ses pensées les plus intimes. L’animal avait une grande douceur dans le regard, ce n’était pas un petit poney comme au jardin du Luxembourg, ou un mustang de western de série « B ». Sur son dos étaient habilement arrimées deux panières en osier du plus bel effet, qui contenaient des dizaines de petites boîtes en carton sur lesquelles étaient sérigraphiées des branches de pin, et des bonbons dont la forme faisait un peu penser à celle d’un cœur.

L’âne sentait la ferme. J’avais mis ma main sur son ventre qui était tout blanc. L’animal n’avait pas bougé, perdu probablement dans ses pensées de macadam. Bonbons au pin des Vosges ? Les Vosges, je connaissais… c’était loin de Paris, il fallait prendre la nationale 4, continuer tout droit vers l’est. On allait parfois chez l’oncle Frederyk, qui était dentiste et capitaine des pompiers. Je n’avais jamais vu de fabrique de bonbons sur le chemin. J’avais délicatement ouvert la boîte en mauvais carton pour découvrir à l’intérieur une masse collante de petits bonbons, couleur soleil, enveloppés tous ensemble dans un sachet en plastique. L’odeur avait tout de suite tapé à la porte du magasin des souvenirs. Je m’étais souvenu des sapins des Gets, quand on les élaguait pour faire place à d’autres, et que la sève, qui collait aux doigts, sentait si bon que tu en aurais bien fait un parfum. Quelques francs, un sourire, je crois, pour le vendeur, ma mère avait fait sa B.A., moi, j’avais caressé l’âne dont les oreilles étaient aussi grandes que mon avant-bras. Je ne savais pas, à l’époque, que les animaux pouvaient ressentir des émotions ; je n’avais pas compris, non plus, que caresser un animal pouvait apporter cette incroyable félicité de l’âme, dont j’ignorais qu’elle s’appelait bonheur.


Pas très loin de la maison, juste en face du couvent des pères Franciscains, où ma mère allait régulièrement sanctifier l’Éternel, à condition qu’elle se fût levée en temps et heure, avait habité un Russe qui s’appelait, disait-on, Vladimir Ilitch Oulianov. Lors d’une rare discussion concernant ce « Russe », un révolutionnaire dangereux, paraissait-il, ma mère avait exprimé son dégoût pour le fait qu’il vivait à quelques mètres de sa maîtresse, logée dans un appartement de l’immeuble voisin du sien. Visiblement, cette étrange pratique n’aurait jamais pu prendre place chez des « gens bien ». Je n’avais pas tout à fait compris qui était cette maîtresse et ce qu’elle enseignait à ce Russe, le français, peut-être ? (5)


De temps en temps, quand on arrivait à la fin des réserves de thé en vrac, et qu’il y avait urgence à reconstituer les stocks, ma mère, qui préparait avec application, chaque après-midi, ce « breuvage d’heures » qui suspendait le temps, allait au magasin « Chinois » qui vendait du thé et des épices. Au bout de la rue Sarrette, sur la gauche, se trouvait la boutique de Monsieur Laffarge, qui avait dû être « Chinois », probablement dans une vie précédente, et qui, maintenant, ne ressemblait pas vraiment à un Asiatique… Il avait dans son commerce de grandes jarres de céramique, sur lesquelles des dragons ailés ouvraient de grands yeux pour te faire douter de la réalité, et de grandes boîtes carrées ornées de dorures, alignées sur des étagères en bois ancien. Tu rentrais dans la boutique, ça sentait l’Orient, l’Indochine, où je n’irais jamais. Je respirais alors à pleins poumons pour essayer de rapporter avec moi les odeurs de Phoenix Oolong, de Lapsang Souchong, ou d’Earl Grey à la bergamote.


On repartait, une fois le cabas rempli. Ma mère comptait dans sa tête les mesures de thé qu’elle devrait mettre dans sa théière « Yixing », moi je me replongeais dans les aventures de Tintin, Le Lotus bleu, le temps d’arriver à la maison, une centaine de pas, deux cents peut-être. Parfois, en allant au petit square de la Porte-d’Orléans, à côté du terminus des autobus de banlieue, qui ne ressemblaient pas aux autobus qui circulaient à Paris, nous passions devant un curieux bâtiment que mes parents appelaient la gare de Montrouge-Ceinture. Pour moi, une gare, c’était énorme, avec plein de rails, des verrières, des trains qui attendaient les voyageurs pour s’en aller loin de Paris, peut-être même jusqu’en Chine. Il n’était pas possible que ce bâtiment fût une gare. De quel droit me volait-on mes rêves d’aventure en utilisant un terme inapproprié pour désigner un vulgaire bâtiment de quartier, qui n’abritait plus que des pigeons ?


Et pourtant, oui, c’était une gare, une gare qui s’était tue en mille neuf cent trente-quatre. Plus de trains, plus de voyageurs pour tourner autour de Paris. Sous cette étrange bâtisse, deux voies te menaient vers le souvenir, l’une allant vers l’ouest, l’autre vers l’est, les deux appartenant à ce cercle de fer qui entourait Paris et passait par toutes les portes ; les deux avaient été envahies par les ronces et le lierre, l’achillée millefeuille, et la chélidoine. Un regard intrigué vers la tranchée où se trouvaient les voies, on suivait la rue de Coulmiers, on tournait à gauche rue Friant, et en quatre ou dix enjambées, on était à la porte d’Orléans.


© Sylvain Ubersfeld pour Histoires d'U


(1) Cafés MEO. Marque déposée en 1945 par deux frères d’origine belge qui officiaient dans la torréfaction de café, dans la région de Lille, après avoir commencé leurs carrières dans les produits laitiers.


(2) Il existait, avenue du Général-Leclerc, à côté du « Gibiers-Volailles », une sorte de supermarché à bas coût qui vendait de l’alimentation et possédait une « tireuse à vin », et qui se nommait en effet « À LA HAVANE », probablement pour faire rêver un peu…


(3) L’« Asile flottant », un centre d’hébergement d’urgence pour sans-abri aménagé dans une ancienne barge en ciment armé, transformé par l’architecte Le Corbusier à la demande de l’Armée du Salut (avec le soutien de mécènes), amarré sur la Seine à Paris (notamment au quai d’Austerlitz ou en contrebas du Louvre selon les saisons).


(4) Fondateurs de l’Armée du Salut en 1865 à Londres, William Booth et son épouse Catherine (souvent appelée par son prénom d’usage Caroline) ont consacré leur vie à évangéliser et à secourir les populations les plus pauvres.


(5) Née à Paris en 1874, Inessa Armand grandit et fait sa vie en Russie avant de s’engager dans le mouvement révolutionnaire. Dotée de solides compétences intellectuelles, multilingue et redoutable organisatrice, elle devient une proche collaboratrice de Lénine durant leurs années d’exil. Elle joue un rôle clé dans la structuration du parti bolchevique, notamment en participant activement à l’école des cadres de Longjumeau. Après la révolution de 1917, elle s’impose comme une pionnière de l’émancipation des femmes en dirigeant la section féminine du Comité central (Zhenotdel). Sa trajectoire s’achève brutalement en 1920, date à laquelle elle succombe au choléra dans le Caucase.


 
 
 

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