L'IMMIGRE
- 3 mars 2018
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"Généralissime Francisco Franco, guide de l'Espagne par la grâce de dieu...tu parles d'un régime...."
En fait, Francisco Barruel avait pris le train à Saragosse, un jour de printemps de soixante et onze, ne parlant pas un mot de Français. Il avait commencé à respirer une fois la frontière passée.Il n'avait rien à cacher même si il savait qu'il était le fils d'un phalangiste qui avait du sang sur les mains. Personne n'aurait du tenter de "faire payer au fils les péchés du père"...c'est du moins ce que se disait Francisco dix minutes encore avant que le convoi ne s'arrête finalement à Austerlitz.
Il fuyait le Franquisme qui en était maintenant à son crépuscule.Une mort programmée du régime s'annonçait à l'horizon mais Francisco doutait de la reprise économique d'un pays marqué par trente neuf ans d'une "main de fer dans un gant de fer". Il préférait se réjouir des retrouvailles avec Maria del Mar, qu'il avait fait partir il y avait déjà sept ans, de leur petit village de Bujaraloz et qui avait accepté une "loge" dans un immeuble de riches du côté de l'avenue Mozart. C'était une loge avec de la place, assez pour mettre un lit plus grand....

Pendant sept ans, Maria del Mar avait attendu ce moment, et pendant que Francisco faisait ses premiers pas en France, sur le quai d'Austerlitz, elle briquait à la cire le parquet de son petit treize mètres carré.
Il avait dans ses bagages, en plus de quelques souvenirs, des vieux vêtements de travail, quelques outils de récupération,un dictionnaire Espagnol/Français qu'il avait emprunté au prêtre du village.
Enveloppé dans un morceau de drap, il y avait aussi un énorme jambon. Il transportait également plein de lettres pour Maria del Mar. Il ne s'était pas rasé depuis trois jours, depuis qu'il avait pris le car pour Saragosse puis le train pour l'inconnu. Ses joues étaient piquantes d'une barbe drue. Dans une petite sacoche suspendue à son cou, entre la chemise usée et la peau foncé d'un travailleur habitué au soleil, quelques milliers de pesetas en billets de banque se balançaient au rythme des pas.
Dans trois jours, Francisco avait rendez-vous à l'usine, quai de Javel. Maria del Mar avait plaidé sa cause auprès d'un contremaître. Les mauvaises langues disaient qu'elle n'avait pas fait que plaider .......

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