LE PUTSCH
- 3 mars 2018
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Même pas dix ans!
Vite, on va voir les chars ? " C'est le putsch" avait dit Jean-Pierre, un métallo qui votait PCF depuis que son père avait été arrêté et fusillé au mont Valérien en quarante-trois. Le petit au bout de la pogne, les voilà qui étaient partis en métro avec un changement obligatoire à Montparnasse. Les oeufs de Pâques dans la vitrine de la pâtisserie rue Alphonse Daudet, avait déjà commencé à tourner de l'oeil....Pâques était déjà passé, c'était le deux, et on était le vingt-et-un Quel mois ? Ah, oui, Avril bien sûr, François n'avait même pas dix ans. Père et fils avaient surgi du métro à la Chambre des Députés. Que de monde......!
"Ils ont voulu prendre le pouvoir" Un quarteron de généraux dont la photo s'étalait à la une de l'Intransigeant.Des mecs avec des uniformes kaki, un petit chapeau marrant, on appelait ça un calot. Pour François, un calot, ça évoquait les billes et la cour de récré. Il y avait plein de chars qui montaient la garde, et Jean-Pierre était tout excité parce que depuis la libération de Paris, il n'avait pas revu de tanks "Sherman"."Regarde, c'est les mêmes que pendant la guerre". François n'avait jamais vu de chars, alors son père avait bousculé du monde, pris un miliaire par la manche et avait fait hisser le fils sur la tourelle de l'engin." ça sent l'huile" avait dit François. "Ils ont graissé le canon, c'est pour mieux tirer" avait dit Jean-Pierre.

"Et la maison avec des colonnes, c'est pour quoi faire?" François avait des questions à la con! Il aimait voir la Seine, les péniches,les autobus qui traversaient en allant vers la Concorde. Tout autour, il y avait des soldats, des gardes républicains,des mecs avec des lunettes noires, des imperméables. Il y avait aussi un vendeur de journaux qui criait les gros titres de son journal. "La Maison avec les colonnes? C'est l'assemblée nationale, c'est les députés, ceux qui nous représentent".
François ne comprenait pas très bien. Ce qu'il voyait surtout avec un plaisir incroyable, c'était les énormes chenilles des chars. François n'avait jamais vu autant de militaires en même temps, sauf le quatorze juillet au défilé. Jean-Pierre avait dit que le pays vivait des heures incroyables, que le "EFFELENNE" avait perdu.Tout ça, c'était pour les grands. Ce qui était bien surtout, c'était d'être venu avec le métro de la ligne Nord-Sud, celle qui ne ressemblait pas à la ligne "4"...Avec chaque minute qui passait, il s'attendait à voir les lourds engins se mettre en route et fondre sur les ennemis de la république...Mais Jean-Pierre l'avait pris par la main en disant: "vite, on rentre, on va manquer le journal à la télé".....

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